Histoire de la CGL

1954 abbe pierre

La Confédération Générale du Logement est une association loi 1901 qui tire ses origines de l'appel de l'Abbé PIERRE en 1954. Cette intervention radiophonique a eu un retentissement extraordinaire et se sont constitués un peu partout en France, les comités d'aide aux sans logis dont le but était d’aider les familles à trouver un toit pour se loger. Très vite il est apparu aux militants actifs que l'action caritative devait s'accompagner d'une action revendicative pour le droit à un logement décent pour tous. C'est ainsi qu'en 1957, l'Union Nationale d'Aide aux Sans Logis est devenue la CGL pour créer aux côtés du mouvement EMMAÜS, un syndicat d'aide et de défense des familles, qu'elles habitent en secteur locatif privé ou social, qu'elles soient copropriétaires occupants ou accédants à la propriété.

L'Appel

Lundi 1er  février 1954, les amis de Courbevoie insistèrent auprès de l'Abbé Pierre pour qu'il lance un appel à la radio et pour " dire aux gens ce que vous nous avez fait découvrir, car nous ne pouvons suffire seuls à la tâche ". Après un refus du directeur de la radio française, l'appel passa. Il fut ensuite donné en direct à Radio Luxembourg. Une semence avait été jetée : elle prospéra, ici et là, avec des fortunes diverses. Un peu partout, à travers la France, sans cohésion ni lien apparent, germaient des comités d'aide aux sans-logis. Des militants venus de formations disparates se regroupaient. Des actions étaient entreprises pour répondre à l'urgence. Défense des familles expulsées, soutien aux squatters, appui des réquisitions, organisation de locaux d'accueil, programmes de constructions rapides, revendications incessantes auprès des pouvoirs publics... 

Radio luxembourg a neuilly plaisance avec abp
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L'Abbé Pierre raconte

« On se trouvait tout d'un coup dans des conditions non préparées avec aucune personne assez spécialisée dans l'action méthodique et organisée, débordé de tous les côtés. Il y avait peut être une centaine de familles logées, il y en avait des centaines qui attendaient leur tour avec impatience. On s'était aperçu au cours des quatre années précédentes que surgissait tout d'un coup un problème pour lequel il fallait l'aide d'un avocat, ailleurs il fallait un médecin, ailleurs il fallait quelqu'un qui nous aide pour nous procurer des matériaux, et aussi des experts pour réaliser les constructions. Naturellement, avant qu'il y ait des comités, il y a eu des amis qui se réunissaient au rez-de-chaussée de l'hôtel Rochester, d'une manière tout à fait informelle, tout au début tous les soirs pour faire le point, et puis petit à petit, ça s'est quand même un peu plus organisé, ça n'était plus qu'une ou deux fois par semaine. Il faut bien se replacer dans cette situation, où là, comme dans toute l'histoire d'Emmaüs, probablement en partie à cause de mon tempérament et à cause des circonstances, c'était de l'improvisation, avec tous les inconvénients, mais aussi les avantages que cela représente, parce que surgissait une réponse, une solution immédiate. Est arrivé le moment où il fallait une base juridique pour les négociations avec la préfecture ou la mairie pour la région parisienne.

J'ai proposé la création d'une association qui s'appelait l'ASLAP, association d'Aide aux Sans Logis de l'Agglomération Parisienne.

Peu après, un courant très général s'est fait pour remplacer l'association " d'aide aux " sans-logis par l'association " d'action avec " les sans-logis. C'était tout à fait dans la ligne de ce qu’Emmaüs faisait depuis le premier jour. C'était jamais " attends que j'ai fait le boulot à ta place ". Ca a toujours été " avec ". " Tu ne peux pas t'en sortir sans nous mais nous, on ne peut rien sans toi. Un autre moment, qui a été pour moi très difficile, c'est lorsqu'il est apparu, avec évidence, qu'on ne pouvait pas, pour cette association se passer d'un permanent. Jusque là, les communautés d'Emmaüs n'avaient pas besoin de permanents au sens normal et plein du mot, c'est à dire quelqu'un de compétent, et salarié. Il a fallu que je fasse accepter, à côté de responsables qui avaient une charge humainement et matériellement très lourde, sans rétribution, que je fasse admettre ce qu'on aurait tendance à appeler de la bureaucratie.

Pour autant que je me rappelle c'était Guy THOREL dont il était question à ce moment là, il n'y avait aucune animosité à l'égard de sa personne, mais il y avait une incompréhension. Il y a eu deux ou trois réunions où j'ai dû me faire le défenseur alors que j'entendais des gens dans leur simplisme me dire, " mais père, avec cet argent, on achèterait des briques et on ferait une maison de plus." A ce moment là il n'était encore question que de l'ASLAP, association pour l'agglomération parisienne. C'est assez vite que des groupes qui étaient nés (certains avaient énormément d'activités en province) sont venus, s'attendant à trouver à Paris des bureaux, des spécialistes et des experts. Ils arrivaient tous penauds en voyant l'immense ..., on ne peut pas dire que c'était du désordre, mais c'était non organisé. Ils ne savaient pas exactement à quelle porte frapper, à quelle personne s'adresser pour tel ou tel problème pour lequel ils étaient venus à Paris.  C'est alors qu'est apparue la nécessité de faire une union nationale qui a été l'UNION NATIONALE, au début, D'AIDE AUX SANS LOGIS, et là encore, assez rapidement, D'ACTION AVEC LES SANS LOGIS. »

1954 -1955 -1956 -1957 :

De l’aide aux sans logis au syndicalisme du Logement

Lors de son congrès de décembre 1956 à Roubaix, l'Union Nationale d'Aide aux Sans-Logis est devenue la Confédération Générale du Logement. Le changement était justifié par les responsabilités qu'assumait et entendait assumer dorénavant notre organisation nationale. La CGL veut constituer le grand mouvement du logement qui manque à la France, parallèlement aux organisations syndicales, économiques, politiques. Aucun aspect du logement ne doit lui échapper. S'il fut un temps où nos comités passaient pour d'inoffensifs groupements de bonnes œuvres, ce temps est révolu. Aujourd'hui la CGL inquiète, d'aucun se considère menacé.

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GUY THOREL PRESIDENT DE LA CGL 1974... 1980

Guy Thorel, impliqué dans la création de la CGL depuis 1954 : « Le nombre considérable de gens qui répondaient à l'appel de l'Abbé Pierre a provoqué la nécessité d'une organisation, d'un minimum d'organisation. Les comités jaillissaient d'eux-mêmes. Un groupe d'habitants se réunissait de lui-même sans aucune intervention, tout simplement prenait contact avec l'Abbé Pierre pour lui demander de venir faire une réunion et leur faire savoir comment entamer une " action sans-logis " sous son patronage. Certains s'employaient à créer les premières « Communautés d'Emmaüs » , à Paris, en banlieue et en province sur le modèle de Neuilly Plaisance. Le but des premiers comités avait surtout pour objet d'aider les communautés naissantes et de monter les opérations débarras au profit du mouvement. En fait les comités étaient la réponse concrète de tous ceux qui désiraient faire quelque chose pour les sans-logis et les mal-logés. Ils se composaient de personnes qui donnaient leur argent et une part de leur temps. Si l'Abbé Pierre possédait un charisme extraordinaire, il savait que le mouvement qu'il avait suscité ne se cantonnait pas dans la charité, il devait atteindre une dimension politique grâce à la conscience, que chacun devait acquérir dans des comités locaux, de l'importance du logement dans la vie quotidienne. Pour cela il fallait créer un mouvement puissant stable et durable. Les comités en étaient les instruments comme ils étaient les premières cellules d'associations spécialisées. »

1957 -L'UNASL DEVIENT CGL

Le passage de la formule "association" à la formule " confédération ».

L’Abbé Pierre dit lui-même avoir bien perçu que cela correspondait à une expérience de militants qui, tout en sachant bien que c'était autre chose qu'à proprement parler du syndicalisme, se trouvaient plus à l'aise, sous cette appellation. Elle était davantage le sens, la ligne dans laquelle ils étaient accoutumés à mener des actions profondes ayant une dimension politique. Ces militants se trouvaient plus à l'aise sous une appellation comme CONFEDERATION

Le besoin de "se trouver un peu comme les autres militants pour d'autres tâches" a certainement joué. Ils pouvaient désormais parler la tête aussi haute qu'eux, en étant véritablement représentatifs d'un mouvement qui s'organisait, comme peuvent l'être les confédérations syndicales. En optant pour cette nouvelle dénomination, CONFEDERATION GENERALE DU LOGEMENT, les militants ont voulu donner un caractère plus syndical à leurs actions. Ils ont voulu rompre avec cette notion " d'aide aux sans-logis ", qui pourtant avait rassemblé en 1954, un nombre assez considérable de personnes entre autres, dans les milieux bien pensants. Ceci est si vrai, qu'en choisissant cette nouvelle voie, ils ont perdu beaucoup d'adhérents. Rapidement, les militants ont élargi leur champ d'action. Partant de l'aide aux autres, plus défavorisés, ils se sont rendu compte qu'ils avaient eux aussi leurs propres problèmes de logement à résoudre, soit comme locataires, soit comme demandeurs de logements HLM. 

NAISSANCE DU CONCEPT DU DROIT AU LOGEMENT

Le logement n’est pas considéré comme un bien de consommation courante, pourtant il représente un pourcentage important du budget des ménages et est un élément de la vie économique du pays. En 1974, lors d'une cession d'étude au sein de la CGL se dégage pour la première fois le concept du droit au logement. Depuis la CGL mène ses actions et ses revendications afin de faire appliquer ce droit. En 1990, la loi du 31 mai promulgue dans son article premier "Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l'ensemble de la nation".

Aujourd'hui, la CONFEDERATION GENERALE DU LOGEMENT regroupe des associations dont l'objet repose avant tout sur l'action collective au sein d'un immeuble, d'un quartier, d'une ville, en vue de faire prendre en compte les droits des locataires, des copropriétaires, des accédants à la propriété tant dans leurs rapports avec les bailleurs, les syndics, les promoteurs qu'au niveau local en agissant pour l'amélioration du cadre de vie et de l'environnement.  La CGL regroupe également les familles en difficulté et intervient auprès des pouvoirs publics afin de remédier aux situations difficiles et en luttant contre toute forme d'exclusion.

L'action et les revendications de la CGL lui ont valu d'être aujourd'hui reconnue comme un interlocuteur incontestable dans le domaine de l'habitat, mais également dans le domaine de la consommation où elle est reconnue en 1982 comme association nationale de consommateurs.

Droit au logement 1
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Date de dernière mise à jour : 19/08/2016